Histoire et anecdote du ramoneur

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Le nettoyage des cheminées s’impose

On s’est longtemps chauffé avec des brasiers et des chariots à feu. C’est au XIIème siècle qu’on commence à construire des cheminées fixes à foyer, surmontées d’une hotte, dont l’emploi se généralise au XVème siècle.

Débarrasser régulièrement les conduits de la suie qui s’y dépose est alors indispensable pour écarter le danger des feux de cheminée et des incendies qu’ils entraînent.


C’est ainsi que naît et se constitue un corps de métier chargé du nettoyage des cheminées : les ramoneurs, qui doivent leur nom au fagot de branches qu’ils utilisent (en vieux français, raim signifie rameau et ramon signifie balai).


La charge de « ramoneur des maisons royales » est créée et des ordonnances en 1672 et 1698 exigent des propriétaires de tenir leurs tuyaux toujours propres.


En 1884, une ordonnance de police rend obligatoire le nettoyage des cheminées aux habitants et surtout aux boulangers et aux restaurateurs.

Ceux qui négligent de faire ramoner les cheminées sont passibles d’une amende de cinq francs et en cas de récidive d’emprisonnement de un à cinq jours.


Un peuple migrateur

Dès le XVI ème siècle, le métier est déjà exercé par de petits Piémontais « à peine sortis de l’escaille (à peine sortis de leur coquille, tout jeunes) ». Aux Piémontais se mêlent des Lombards qui, lorsque l’ouvrage manque, mendient et vivent du colportage et de la vente de petits objets d’orfèvrerie et de quincaillerie.

Au XVIII ème siècle, les ramoneurs, qui se distinguent par un costume spécial et par un numéro qu’ils portent sur leur bonnet, sont jour et nuit dans des bureaux à la disposition des usagers. Le prix du ramonage est fixé d’après le nombre des étages des maisons et leur fréquence est liée à l’usage qui est fait de la cheminée.


Au XIXème siècle, ramoneur reste un métier de migrants

On les dit « Savoyards » mais ils viennent également du Dauphiné, de Franche-Comté, du Velay, de l’Auvergne, voire des Pyrénées.

La migration des ramoneurs est en fait un exode de la montagne vers la plaine, un mouvement d’une région déshéritée vers un pays plus prospère.

Les parents ont une bouche de moins à nourrir pendant une saison, les enfants gagnent un peu d’argent.


Passer l’hiver dans une région au climat moins rude, échapper à l’école et au dur travail de la ferme, voir du pays, « faire comme les autres » sont d’autres raisons qui peuvent expliquer ces migrations saisonnières.

Après l’accord des parents, les patrons ramoneurs recrutent ainsi dans les régions de montagne de jeunes garçons de 6 à 7 ans, parfois même des filles déguisées en garçons, qu’ils emmènent à pied et par étapes à Paris et dans les villes et bourgs de province. Chaque patron a le monopole du ramonage dans les localités qu’il traverse.

Les ramoneurs ont une langue bien à eux, ou plus précisément un argot qu’ils emploient au cours de leurs migrations saisonnières et qu’eux seuls comprennent comme le tarastiu des ramoneurs.

Le trésor linguistique des faria (ramoneurs) est estimé à environ cinq cents mots. L’origine des mots se perd dans l’histoire de ces migrants, il serait vain de s’obstiner à chercher l’étymologie de tous les mots du patois des ramoneurs car celle-ci est tirée du vécu quotidien de cette caste.


Les ramoneurs savoyards ne sont pas francophones de naissance, mais ont pour langue les différents patois de leurs villages respectifs en Savoie ceux-ci appartiennent tous à la langue franco-provençale.


Le simple fait d’utiliser un code secret resserre la connivence entre ceux qui le connaissent, et inversement par l’incompréhension entretient une distance avec les autres.

« Qu’importe que vous ne me compreniez pas, nous ne sommes que de passage ! … »


Souvent ils marchent la nuit pour échapper à la police, à l’affût de toute sorte de mendicité. Le sac destiné à recueillir la suie leur sert de couverture.

Même quand circulèrent les chemins de fer, on fit encore à pied le voyage aller ; pour le retour, les ramoneurs obtenaient du PLM un permis à demi-tarif pour être rapatriés comme chômeurs.


Aller en France, c’est partir pour l’étranger, les petits Savoyards doivent posséder un passeport où sont inscrits leurs nom et prénoms, leur taille, leur âge.


Une enquête est lancée sur la situation des petits ramoneurs en Savoie et Haute-Savoie. H. Dieu, préfet de la Savoie, reçoit un rapport accompagné de diverses suggestions.


C’est le 15 janvier 1863 qu’il réglemente par arrêté l’apprentissage et les contrats des enfants. Ni les filles, ni les garçons de moins de 12 ans ne pourront être engagés.


Puis enfin, les lois françaises de 1874 et de 1892, relatives à l’emploi des enfants, découragèrent les maîtres ramoneurs à employer tous ces pauvres enfants en bas âge et les obligèrent à changer leurs méthodes de travail.

Avec eux ont disparu ces migrations savoyardes, qui néanmoins survécurent quelques temps encore de l’autre côté des Alpes, chez nos voisins Piémontais.

Au début du XXème siècle, l’émigration des petits Savoyards prend fin avec l’apparition de nouvelles lois sur le travail et pour des raisons techniques : constructions bien plus hautes, aux conduits de cheminée très étroits, accessibles aux seuls hérissons.


Des évolutions techniques au fils des ans…


L’invention d’un outil télescopique ingénieux, le « hérisson », ne date pas d’hier mais a permis une évolution positive du métier car celui-ci, avec son embout en forme de brosse rugueuse, permettait de pratiquer le ramonage sans rentrer dans la cheminée.


Il faut dire que les garçons exécutaient la tâche de monter et descendre dans les conduits en les raclant longtemps étaient souvent atteints de déformations articulaires, de brûlures et d’une forme de cancer du scrotum causée par les benzopyrènes contenus dans la suie.


Il n’était pas rare non plus que des ramoneurs meurent étouffés par la suie. Au 20e siècle, un aspirateur à suie fut mis au point, rendant ce travail plus propre et plus efficace.


Alors que les petits métiers disparaissent progressivement, balayés par le progrès technique, le métier de ramoneur perdure, bénéficiant même du regain d’intérêt actuel aussi bien économique que culturel pour le chauffage au bois dans nos habitations modernes.


En effet, et cela depuis son apparition, ce métier continue de s’adapter aux avancées technologiques dans le domaine du chauffage (exemple caméra thermique endoscopique).


130 ans plus tard le métier a changé…

Les ramoneurs actuels s’occupent de toutes les installations à combustible liquide (mazout), solide (bois) et gazeux (gaz).

Les méthodes de nettoyage moderne ont allégé leur travail grâce aux appareils de mesure électroniques, aux caméras de contrôle et à un outillage à la pointe de la technologie.

Mais à côté de cela il y a aussi le conseil à la clientèle en matière de techniques de chauffage, d’énergie et de protection incendie, ainsi qu’un contact avec les architectes et divers corps de métiers en rapport avec les installations de chauffage.


Quelques légendes et comtes sur les ramoneurs


Ramoneur porte-bonheur

La légende raconte qu’en 1066, Guillaume roi de Grande-Bretagne a été sauvé par un ramoneur, qui le poussa hors de la voie empruntée par un cheval emballé et son transport. En récompense, le roi invita le ramoneur au mariage de sa fille.


Depuis, il a été considéré comme porte-bonheur d’avoir un ramoneur pour un mariage ou lors d’événements spéciaux, voire même pour une visite de votre maison. En outre, le roi a déclaré que tous les ramoneurs, porteurs de chance, étaient autorisés à porter le chapeau haut de forme, de coutume réservée à la royauté et à la noblesse. Il devint également un signe de chance de porter 13 boutons, comme le ramoneur, à sa veste. Ainsi, la légende prédit que d’un coup de balai, le ramoneur peut annuler toute malchance.


Les cochons et les ramoneurs

Les porcs et les ramoneurs sont liés entre eux dans la tradition comme porte-bonheur. Il était d’usage que le ramoneur transporte à la ville un cochon dans les rues de New Year’s Day. Les personnes payaient une petite somme pour tirer un poil du porc et faire un vœu. Ainsi, les porcs étaient également des symboles de bonne chance, au même titre que le fer à cheval et le trèfle à 4 feuilles.


La dame chanceuse

Saviez-vous que c’est un signe de chance d’avoir un ramoneur le jour de votre mariage, et surtout de lui serrer la main ou d’être embrassé par lui ? Beaucoup de ramoneurs sont aujourd’hui encore invités à des mariages pour assurer un bon départ pour un mariage heureux.


La tradition remonte, dit-on, à un ramoneur qui a perdu l’équilibre et est tombé d’un toit. Il s’est rattrapé à la gouttière et était pendu par les pieds quand une jeune fille, dont la main était destinée à un autre, l’atteint par la fenêtre, le tira à l’intérieur et lui sauva la vie. Ils sont aussitôt tombés amoureux et se marièrent…


Jeu du ramoneur (jeu de Pierre noir ou du pouilleux)

L’extraordinaire diversité des jeux de cartes joués au 19e siècle avec des cartes non conventionnelles est méconnue. Se souvient-on des bâtons rompus, du jeu des pénitences ou de la fée vaillante, de voilà Pierre ou encore de Monsieur le curé n’aime pas les O ? De ces temps anciens, il ne nous reste guère que quelques prolifiques familles de jeux particulièrement appréciés des enfants : les jeux de familles et les Pierre noir. L’illustration ci-contre vient d’un jeu de la Société Française des Jeux et Jouets.


Le Jeu de Pierre Noir ou du Pouilleux est un jeu de familles un peu pervers, voire stigmatisant, puisqu’il s’agit de désigner non pas un gagnant mais un perdant. Toutes les cartes sont distribuées, puis, à tour de rôle, les joueurs piochent une carte dans la main de leur voisin. Toutes les cartes allant par paire sauf une, chaque paire constituée est défaussée. Le perdant est celui qui reste avec la carte solitaire, généralement une vieille fille (Old maid, dans les pays anglo-saxons, Baba nuki au Japon), un chat noir (Mistigri) ou un ramoneur appelé Pierre Noir (Schwarzer Peter, Tcheren Peter, Zwarte Piet, Piotrus…).


Le rassemblement international des ramoneurs à Santa Maria Maggiore, en Italie

« Spazzacamini » est en fait le mot italien pour désigner « Ramoneurs ». Ainsi, chaque année a lieu un impressionnant rassemblement de ramoneurs de partout dans le monde à Santa Maria Maggiore, en Italie. Pendant des décennies, les ramoneurs européens s’y sont réunis pour honorer les primitifs garçons italiens connus sous le nom de Spazzacamini, le berceau de notre profession.


C’est également une célébration des progrès réalisés dans notre métier depuis. On y trouve un certain nombre de références au métier de ramoneur et l’on peut visiter le musée du ramoneur. Le musée conserve des instruments de travail, des vêtements et des outils (brosses, râpes, balais) mais aussi des photographies et des publications sur un métier qui a caractérisé toute une époque.


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